Il roule sans savoir précisément où il va. Sa conduite est aléatoire, comme sa vie. Son visage blême reflète une certaine angoisse. Il roule, et c’est déjà ça. Il a pris la décision cette nuit. C’était dur, il a dû laisser des monceaux de souvenirs, des réminiscences de désirs enfouis ici et là dans le tiroir de sa mélancolie. Mais il a été obligé. Il ne voulait pas, non. Mais il s’est senti obligé.
C’est qu’il était amoureux. Amoureux fou, à en mourir, comme disait l’autre. Il imaginait avec elle un avenir de roman ou de film, très tendre, délicat, heureux. Dans la nuit noire la rage commence à posséder le jeune homme qui n’en a plus, d’avenir. C’est trop tard, il a commis l’irréparable. Et pourtant il était heureux. Mais la jalousie a ses raisons que la raison ne connaît pas.
C’était il y a quelques heures, dans une chambre d’hôtel modeste. Dans un coin paumé du 11ème, il voulait la retrouver, elle, son emblème. Et lui offrir des roses. Il a eu du mal à trouver l’endroit. Un réverbère illuminait de manière vacillante un bout de quartier qui était loin d’être chic. Tant pis, il voulait la voir, il aurait tué 4 canailles pour ça. Il est donc négligemment entré dans ce trou, et a demandé au maître des lieux de lui communiquer le numéro céleste qui allait l’emmener au cieux.
“- C’est au 23, deuxième étage, mais il me semble qu’elle n’est pas seule..
- Assurément, vous vous êtes trompé.”

Le gérant ne s’est pas trompé. Le teint livide, on a pu voir les traits délicats du jeune homme qui se sont soudainement affaissés. Et dire que trente secondes avant, il était heureux. Avec la candeur s’est envolée l’innocence. Trois coups, dont un dans le bide. Avant de, mécaniquement, en faire de même pour la personnification vibrante de son idylle.
Les larmes sont inutiles : il est condamné.
M.B.